Quand tout bascule : étude du cas Balenciaga sur la gestion de crise en ligne

Quand tout bascule : étude du cas Balenciaga sur la gestion de crise en ligne

Dans l'ère digitale actuelle, la réputation en ligne d'une marque peut être son atout le plus précieux ou sa vulnérabilité la plus exposée. La rapidité avec laquelle l'information circule sur les réseaux sociaux signifie que chaque entreprise est susceptible de faire face à une crise de réputation en ligne sans pouvoir faire preuve de réactivité suffisante. Dans cet article, nous ferons l’autopsie d’une crise réputationnelle d’envergure qui a marqué au fer rouge la marque Balenciaga. Puis nous en tirerons les enseignements clés en gestion de crise : quels sont les outils et les dispositifs pour se préparer à faire face au mieux à une crise réputationnelle ?

Autopsie d’une crise : d’un signal faible à une crise majeure pour Balenciaga

Le 14 novembre 2022, Balenciaga quitte Twitter après le rachat du réseau social par Elon Musk.

Six jours plus tard, le 20 novembre, une internaute s'interroge sur la présence d'enfants jouant avec des peluches habillées en tenues bondage. Les premiers commentaires, constitutifs d'un signal faible, présentaient déjà un caractère crisogène, de part la nature du débat. La marque jouait depuis longtemps avec un marketing "controversé" et avait déjà subi les effets d'une crise de moindre ampleur suite à la sortie de ses sneakers de SDF.

Le point d’infection de cette crise commence à ce moment là. Pendant 24h, les internautes ont passé au peigne fin les précédentes campagnes de Balenciaga. La crise de réputation se dessinait.

 

 

 

 
 
 
 
Timeline de la crise Balenciaga en novembre 2022. Crise de réputation, Gestion de crise. Analyse.

Et ils ont trouvé des éléments troublants : le 21 novembre, des documents à propos de pornographie infantile trouvés dans des shoots de leur campagne en collaboration avec Adidas ont été partagés. L’effet boule de neige a continué. Le 23 de novembre, le livre de l’artiste controversé, Michael Borreman, a été identifié sur une autre campagne de la marque. Face au scandale grandissant, Kim Kardashian a pris la parole le 28 novembre pour dire qu'elle allait réévaluer sa relation avec la marque suite aux fortes critiques de ses fans.

Face au scandale, Balenciaga publie un communiqué dans ses stories Instagram et supprime ses posts le 28 novembre.

Le 2 décembre, Demna, le DA de la marque, publie ses excuses sur son Instagram.

Mais lorsqu'un sujet aussi sérieux que la maltraitance sur mineurs est évoquée, les réactions du grand public sont forcément à la mesure. Par conséquent, ce n'est pas surprenant que les internautes aient considéré les réponses des médias, des personnalités publiques et de la marque comme insuffisantes.

Cette crise Balenciaga a fait perdre perdre 55,2 K followers au compte Instagram de la marque en une seule journée, alors que la tendance de recrutement était à la hausse. La performance business de Balenciaga a subi l'indignation du public comme le révélait les résultats Q4 2022 du rapport de Kering.

Un an plus tard, les conséquences se font encore ressentir puisque les répercussions du scandale publicitaire Balenciaga se sont étendues bien au-delà de la controverse initiale. La participation de Demna, le DA de la marque, a certains awards a été annulée et des devantures de magasins ont été dégradées. Une partie du public réclame à la marque un investissement dans des actions de défense des droits des enfants. La marque n'a pas réussi à revenir au niveau de performance d'avant novembre 2022.

Gestion de crise : quels sont les outils et les dispositifs pour se préparer à faire face au mieux à une crise réputationnelle ?

 

01. Élaboration d'un plan d'action préventif : un système d’alerte

Anticiper une crise de réputation en ligne implique d'avoir un plan d'action clair en place. Balenciaga aurait pu identifier à l'avance des scénarios potentiels et élaborer des stratégies de communication pour faire face à chaque situation. Il convient donc d'avoir un bon outil de détection des mentions, et de le configurer pour identifier certains éléments déclencheurs. La marque ayant pour habitude de jouer avec le scandale et les controverses, des commentaires au sujet d'enfants associés à du BDSM aurait pu être anticipés au moment de la conception de la campagne, quelques semaines/mois avant son lancement, puisque tous les éléments y étaient dans le visuel de campagne.

02. Comprendre les signaux précurseurs : mise en place d’une veille

Une fois les scénarios potentiels imaginés et les stratégies de communication pour faire face à chaque situation élaborés, un dispositif de veille est essentiel pour l'identification de signaux faibles ou précurseurs à un des scénarios imaginés. Le dispositif de veille a pour objectif la surveillance constante des médias sociaux, des forums, des blogs et des sites d'actualités. C'est le moyen le plus efficace être réactif, et pouvoir réagir avec une stratégie pré-établie.

03. Percevoir les ressentis émotionnels : analyse d'opinion

La compréhension du sentiment en ligne est cruciale pour évaluer l'opinion. Les émotions des internautes peuvent évoluer rapidement, et la capacité de percevoir ces changements est essentielle. Dans le cas de la crise Balenciaga, le tout premier post associant des enfants à la pratique BDSM revêt d'un caractère crisogène important.

04. La crise se dessine, faut-il réagir, et si oui, comment ?

Si la crise frappe, alors il convient de se poser la question de réagir ou non. Car oui, parfois, réagir peut provoquer l'effet Streisand, un phénomène médiatique involontaire. Si la réaction s'impose, alors, l'approche qui consiste à adopter la transparence la plus totale est toujours la meilleure, car le scepticisme du public peut mettre de l'huile sur le feu. Ici, Balenciaga réagit 8 jours après le premier signal faible, mais 8 jours intenses de controverses importantes, à des volumes de conversations inégalés. Demna, lui, s'excuse publiquement 12 jours plus tard. Mais c'est trop tard, la machine médiatique est lancée, et le public s'en souvient encore 1 an après.

Les systèmes d'alerte sont cruciaux pour la gestion proactive de votre réputation, et une stratégie de réaction est aussi nécessaire 

 

Surveiller et mesurer la réputation d'une marque est cruciale pour sa croissance. Il est essentiel d'être outillé et d'avoir les ressources pour être réactif et proactif face aux informations et commentaires préjudiciables.

Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle : tout ce qui est dit ou fait peut finir par être en ligne et y rester. Cela signifie qu'il est possible de détecter rapidement une crise liée à l'image d'une marque, mais qu'il est possible que cela reste et se rappelle aux bons souvenirs du public.

S'il est possible de détecter rapidement une crise en ligne, il ne suffit pas d'avoir des bons outils pour être alerté, il convient de s'y préparer en amont : dessiner les scénarios catastrophe pour paramétrer correctement les outils, et concevoir les stratégies de communication pour y répondre efficacement pour faire retomber le soufflé. La détection précoce des crises potentielles est généralement liée à une approche qualitative du suivi par des analystes experts, qui complète l'approche purement quantitative.

Si votre marque est confrontée à de la gestion de crise provenant des communautés en ligne, vous pouvez nous contacter. Nous proposons un accompagnement expert de vos équipes communication/RP en appliquant l'approche exposée ci-dessus.

Kellogg’s : de la crise sociale au tribunal populaire

Kellogg’s : de la crise sociale au tribunal populaire

En octobre dernier, après 9 mois de négociations entre les syndicats et Kellogg’s, 1400 employés des usines de 4 états des Etats-Unis se sont mis en grève pendant 2 mois et demi, pour réclamer de meilleures clauses pour les nouveaux contrats. La grève s’est étendue aux réseaux sociaux, avec de multiples rebondissements qui se sont accélérés dans les dernières semaines. Décryptage de cette crise sociale qui s'est déroulée en 3 actes, et comment la grève qu'a connu Kellogg's impacte leur réputation.

ACTE 1 "le coup d'envoi" : les employés de Kellogg's se mettent en grève.

 

Le 4 octobre, 1400 employés de Kellogg’s se mettent en grève. Ils manifestent devant l'usine à Battle Creek, Michigan. Ils protestent contre la perte de primes de santé, de congés payés et de vacances, ainsi que la réduction de leur retraite. L’information est partagée par un média en ligne, elle est largement relayée dans les forums, blogs et sur les réseaux sociaux dans les jours qui suivent.

 

 

Crise reputation Kellogg's Boycott
Kellogg's strike - crise de réputation

 

 

Le lendemain, un appel au boycott des produits du groupe Kellogg’s est partagé sur Twitter. L’internaute y liste toutes les marques de produits du groupe et ajoute « don’t be a scab » (= « ne soyez pas un briseur de grève »). Le post cumule 6,5K partages.

Le 13 octobre, Kellogg’s publie des annonces de recrutement pour remplacer ses employés en grève par des employés à contrat de courte durée. Et ceci en attendant de trouver un accord avec les syndicats.

Les internautes remarquent les annonces et dénoncent une tentative de destruction de l’action des syndicats, d’abord sur Reddit puis sur Twitter.

 

La grève a été largement relayée, d’abord dans les médias avant d’être partagée sur les réseaux sociaux. Kellogg's ne s'est pas caché de recruter des travailleurs temporaires pour pallier le manque de personnel pendant la grève.

Comment cette grève de Kellogg's impacte leur réputation ? Les internautes se sont emparés des réseaux sociaux pour appeler au boycott et relayer les informations, de façon assez classique. Donner de la visibilité à la grève et aux grévistes est une façon de les soutenir dans leurs actions, tandis qu'appeler au boycott est un moyen de mettre la pression à Kellogg's, à la fois médiatiquement mais aussi au niveau du business.

Kellogg's reputation crisis replace striking workers

L'analyse des conversations autour de Kellogg's nous permet de constater une baisse du sentiment, qui passe du positif au négatif assez nettement dès le début de cette crise.

Analyse reputation Kellogg's crise octobre 2021

 

ACTE 2 "l'huile sur le feu" : Kellogg's annonce remplacer ses salariés grévistes de façon permanente.

Le 7 décembre dernier, après la 19ème session de négociations infructueuse avec les syndicats, Kellogg’s annonce remplacer définitivement tous les employés en grève. L'entreprise a déjà fait appel à des salariés et à des travailleurs extérieurs pour assurer le fonctionnement des usines pendant la grève, mais là, ils annoncent recruter pour des contrats à durée indéterminée. Kellogg's publie une liste d’annonces de recrutement sur son site.

"After 19 negotiation sessions in 2021, and still no deal reached, we will continue to focus on moving forward to operate our business. The prolonged work stoppage has left us no choice but to continue executing the next phase of our contingency plan including hiring replacement employees in positions vacated by striking workers."

(communiqué à retrouver ici)

Chris Hood
Président de Kellogg Amérique du Nord

 

Un utilisateur de Reddit accuse Kellogg’s de recruter des “briseurs de grève” et poste un appel à spammer le site de recrutement de Kellogg’s.

Son appel est entendu, et les internautes postulent en masse dans le but de spammer le site de Kellogg's. Ils finissent par y parvenir, le site crashe. L'histoire dépasse les frontières de Reddit et est relayée sur Twitter, TikTok, dans les médias ... Sur TikTok, on voit même un utilisateur faire la démonstration du bot qu'il a créé pour spammer la plateforme de recrutement de Kellogg's.

 

 

Le président Joe Biden partage son inquiétude sur Twitter face à la situation. Il déclare ainsi soutenir une législation qui condamnerait toute entreprise qui s'attaque aux syndicats et remplace de façon permanente leurs salariés en grève. Son tweet récolte 90K engagements en 2 heures, pour une visibilité potentielle de 28M.

A ce stade avancé de la crise, les internautes remarquent que le logo de Kellogg’s a disparu du packaging des fameux Pop Tarts. Ils accusent le groupe de vouloir se cacher derrière leurs marques populaires afin d'éviter le boycott. Kellogg’s a répondu en affirmant que leur logo avait effectivement été retiré depuis des mois, suite à des études marketing qui révélaient que la popularité du produit Pop Tarts était très forte, et que l'appartenance de Pop Tarts au groupe Kellogg's avait peu d'importance au yeux des consommateurs. Cet argument n'a néanmoins pas convaincu la majorité des internautes.

Logo disparu Kellogg Pop Tarts

En parallèle, les internautes ont remarqué que la grève a des conséquences sur la qualité des produits. Les plaintes se sont multipliées en ligne, en particulier sur Twitter, où certains internautes collectionnent les captures d’écran des plaintes adressées à Kellogg’s. Ils tournent en dérision les réponses du service consommateurs qui répond systématiquement par "Yikes!" ou "Bummer!".

Plaintes qualité produits Kelloggs crise greve reputation

Lorsqu'on regarde la donnée sociale et les volumes de conversations autour de cette grève, on note bien un premier pic de conversations, relancé un mois plus tard avec le second pic. On note également que chacun est nourri par les différents sujets évoqués, à savoir les annonces de recrutements de Kellogg's pour remplacer les grévistes, et les appels au boycott des produits. Sans surprise, cela a un impact direct sur le sentiment des conversations qui plonge dans le négatif dès le début de la crise , avec près de 50% de mentions à teneur négative associées à Kellogg's sur la période.

Analyse reputation Kellogg's crise décembre 2021

Acte 3 "le dénouement" : un accord est trouvé entre les syndicats et Kellogg’s. Comment cette grève a impacté leur réputation ?

Le 21 décembre, un accord est signé entre les syndicats et Kellogg’s. Cela mettant ainsi fin à une grève et a une crise de réputation qui a duré 3 mois. Les internautes se réjouissent de pouvoir enfin reprendre leur consommation de Pop Tarts (entre autres).

Comment cette grève de Kellogg's impacte leur réputation ? La crise sociale que vit Kellogg's illustre comment les internautes peuvent participer au mouvement en se faisait soit le relai, soit les acteurs des mouvements en ligne. Aujourd'hui, il est possible de participer et de soutenir des mouvement sociaux en y prenant part sur les réseaux sociaux. Quand les médias étaient auparavant les uniques relais, n'importe quel individu connecté peut désormais y participer.

Cette crise nous démontre que la réputation d'une marque et d'une entreprise ne repose plus exclusivement sur la qualité des produits ou des services. A cela vient s'ajouter la relation avec les employés et les partenaires. Ils sont des ambassadeurs ou des détracteurs potentiels, avec une voix qui peut porter et des alliés dans les communautés en ligne.

Les forces alliées du gaming contre Activision-Blizzard

Les forces alliées du gaming contre Activision-Blizzard

La controverse qui implique Activision-Blizzard a pris une tournure inattendue en novembre dernier, puisque trois de ses principaux partenaires lui ont tourné le dos. La réaction du public a été majoritairement positive mais un nuage de doute sur les ramifications concrètes de ces événements plane sur le secteur du jeu vidéo.

Activision-Blizzard est sous haute surveillance depuis l'été 2021

Le 20 juillet 2021, le California Department of Fair Employment and Housing dépose une plainte contre Activision-Blizzard pour discrimination et harcèlement sexuel à l'encontre des femmes sur le lieu de travail. La société a nié les accusations en les qualifiant de "déformées et fausses" et son PDG, Bobby Kotick, a déclaré ne pas être au courant de ces problèmes. Depuis lors, de grands changements auraient été opérés au sein de l'entreprise : des employés haut placés ont été licenciés pour mauvaise conduite, des chefs de service ont quitté leur poste et des comités internes ont été formés pour tenter d'apporter un changement durable à la culture de l'entreprise.

Ceci nous amène à novembre 2021 et à la publication de l'article du Wall Street Journal révélant plus de détails sur le harcèlement, la discrimination et l'intimidation au sein de l'entreprise. On y apprend notamment que le PDG Bobby Kotick était au courant de tous les problèmes de harcèlement, qu'il est personnellement intervenu dans une enquête interne et qu'il a menacé de mort son assistant(e).

Les événements ont pris une tournure inattendue

La réaction du public à ces révélations a été exactement celle à laquelle on pouvait s'attendre : mauvaise. Par la suite, les événements ont pris une tournure plus intense. Les 3 PDGs des 3 plus grandes sociétés de jeux vidéo (et des 3 principaux fabricants de consoles) sont venus dénoncer les pratiques d'Activision.

Voici une rapide chronologie :

  • 16 novembre 2021 : publication de l'article du Wall Street Journal.
  • 17 novembre 2021 : Le président-directeur général de Sony Interactive Entertainment, Jim Ryan, adresse un email interne à tous les employés de PlayStation pour leur dire qu'il est "découragé et franchement stupéfait" par les nouvelles révélations qui ont été faites. L'email est immédiatement divulgué au public.
  • 18 novembre 2021 : Phil Spencer de Xbox a envoyé un email à son personnel condamnant les actions d'Activision et disant que "Ce type de comportement n'a pas sa place dans notre industrie". Il est allé jusqu'à dire que Xbox et Microsoft feraient des "ajustements proactifs continus" dans leur relation avec Activision-Blizzard. L'email a rapidement été divulgué au public.
  • 23 novembre 2021 : Doug Bowser, président de Nintendo USA, a trouvé "ces comptes affligeants et dérangeants". Il poursuit en disant que le personnel de Nintendo a été "en contact avec Activision" et a pris des dispositions (sans préciser lesquelles).

Trois géants du jeu vidéo tournent le dos à l'un de leurs principaux partenaires.

Cela est très inhabituel, c'est sans précédent. Les trois géants du jeu vidéo que sont Sony Entertainment, Xbox et Nintendo, tournent le dos à l'un de leurs principaux partenaires. Le plus surprenant dans cette liste est PlayStation, de part l'accord d'exclusivité avec Activision concernant la franchise Call of Duty (les joueurs de CoD sur PlayStation obtiennent régulièrement du contenu exclusif auxquels n'ont pas accès les joueurs des autres plateformes). Ils ont été les premiers à prendre position sur le sujet.

Les Big Three ont décidé de préserver leur réputation en prenant publiquement position contre les pratiques discriminatoires d'Activision-Blizzard. Ils envoient un message fort à leurs clients et au public en général.

Les Big Three ont-ils réussi leur communication ? Jetons un coup d'œil aux chiffres

Activision blizzard mentions over time

Avec une moyenne de 12 000 mentions au cours des 30 derniers jours, nous pouvons constater à quels moments les mentions sont montées en flèche.

  1. La période du 16 au 20 novembre est liée à la publication de l'article et à la prise de position des PDG de PlayStation et Xbox sur la question.
  2. Le deuxième pic, qui est beaucoup plus élevé que le premier, est associé à l'email interne de Doug Bowser. Comme nous pouvons le constater, la prise de position de Nintendo a provoqué un nombre beaucoup plus important de réactions, car il est vraiment inhabituel de la part de Nintendo de s'impliquer dans ce type de controverses.

Sur ces 12 000 mentions, nous avons retenu celles provenant de Twitter (~8 000 tweets) et avons réparti les auteurs uniques en groupes d'affinité qui nous ont permis de mieux comprendre les communautés derrière les mentions. Voici ce que nous avons trouvé :

Des réactions positives avec un soupçon de doute

Les réactions ont été majoritairement positives, les gens étant agréablement surpris par la tournure des événements. Ils espèrent que cela provoquera un changement dans le monde du jeu vidéo. Le public a également été surpris par la fermeté de la déclaration de M. Spencer.

3 PDG des principaux constructeurs de consoles de jeux videos
Okie Dokie about Activision
Spencer - firmly worded about Activision

Bien que les internautes aient été heureux de voir leurs marques de jeux vidéo préférées prendre position, beaucoup se demandaient si des mesures concrètes seraient prises à l'avenir, comme le retrait temporaire des jeux d'Activision des stores respectifs ou un boycott total de leurs jeux. Certains ont déclaré que si rien de concret ne suivrait ces déclarations audacieuses, une réelle opportunité de changement au sein de l'industrie du jeu allait être perdue.

Kotick needs to go about Activision
Proper Stance

Nombreux sont ceux qui y ont vu un moyen pour les Big Three de se couvrir, sachant qu'ils sont eux-mêmes coupables des mêmes pratiques discriminatoires. Prendre position leur permettrait d'encaisser le coup et de régler rétroactivement les futurs problèmes de ce type. Par un ironique coup du sort, c'est exactement ce qui s'est passé. Le 23 novembre, exactement six jours après le discours de Jim Ryan, PlayStation a fait l'objet d'un procès pour discrimination sexuelle de la part de l'un de ses anciens employés.

PlayStation Lawsuit headline
Relieved its not just us Activision
PS Allegation reaction

L'impact sur les consommateurs est négligeable (pour l'instant)

La position des Big Three sur la question a-t-elle influencé les décisions des joueurs et des créateurs de contenu quant à l'achat ou à la création de contenu pour les jeux d'Activision ? C'est difficile à dire.

Certains internautes espéraient que cela déclencherait une réaction importante et que le public commenceraient à abandonner les jeux de ces géants, comme l'ont fait certains créateurs l'été suivant la première série de révélations.

Content Creators

En effet, le jeu phare de Blizzard, World of Warcraft, connaît un déclin constant de sa base de joueurs depuis des mois, mais ce déclin est principalement lié à des problèmes dans le jeu et à des problèmes liés aux derniers updates. La controverse n'aide pas mais il est peu probable qu'elle soit le facteur principal de cette baisse des chiffres.

World of Warcraft numbers drop

Des résultats récents ont également révélé que les dernières ventes de Call of Duty n'ont pas été au rendez-vous comparé aux versions précédentes qui ont battu des records. Une étude réalisée par GamesIndustry.biz a permis de comprendre pourquoi le dernier numéro de CoD n'a pas été aussi populaire.

GameIndustry biz Call of Duty study

Les principales raisons sont l'abondance de jeux (il y a trop de Call of Duty), et une aversion pour l'univers de la Seconde Guerre mondiale. La controverse ne représente que 6 % de l'ensemble raisons négatives, un chiffre faible mais qui pourrait potentiellement augmenter.

Cela va dans le sens de la répartition des communautés que nous avons présentée précédemment. Aucune communauté centrée sur CoD ne s'est exprimée sur le sujet, ce qui signifie probablement que les fans de Call of Duty s'en moquent ou choisissent de ne pas exprimer leur opinion sur le sujet.

Le moment #MeToo de l'industrie du jeu vidéo

L'industrie du jeu vit son propre moment #MeToo avec de plus en plus de révélations de cultures d'entreprise toxiques systématiques, Activision-Blizzard étant la dernière d'une longue série de coupables.
Les événements récents ont montré que l'industrie du jeu commence à prêter davantage attention à la réputation de ses partenaires. C'est du moins ce qu'il semble. L'avenir nous dira si les trois grands du jeu video feront suivre leurs paroles d'actions concrètes, ce qui créera un précédent pour le reste du secteur.

Quelle est la perception des voitures autonomes en France ?

Quelle est la perception des voitures autonomes en France ?

La voiture autonome est un des sujets majeurs lorsque l’on aborde l’avenir du transport. D’un point de vue financier, selon des estimations du cabinet A.T. Kearney, le marché des voitures autonomes atteindrait plus de 500 milliards d’euros en 2035.

De nombreux acteurs se positionnent donc sur ce nouveau marché : les constructeurs automobiles, les acteurs technologiques, les équipementiers historiques ainsi que les fournisseurs hardware.

(suite…)

#NSDirect l’analyse big data des trolls, militants et citoyens

#NSDirect l’analyse big data des trolls, militants et citoyens

Mercredi 13 mai, Nicolas Sarkozy lance une campagne Twitter avec l’objectif de dynamiser sa présence sur les médias sociaux. La campagne s’inspire du format classique question/réponse déjà employé par les stars du web  (exemple de Norman ou EnjoyPhoenix). Cette opération promettait un dialogue direct entre l’ancien président de la république et les citoyens français. Sur quatre jours, il y a eu 114 563 tweets contenant le hashtag #NSDirect.

Alors que beaucoup d’articles sont parus au sujet des tweets de trolls à l’encontre de Nicolas Sarkozy et l’approche de son équipe digitale, il était intéressant de se pencher sur l’ensemble des questions destinées à #NSDirect. En effet une grande part des tweets mis en avant par les médias ou les partis politiques n’étaient pas un reflet de cette opération de communication. Nous avons notamment observé que parmi les trolls et les militants UMP, des français sont montés au créneau pour participer à l’opération #NSDirect et poser leurs questions.

L’étude des tweets #NSDIRECT permet de les classer dans plusieurs catégories:

graphique ns direct

Trolls / lol : la quête du Retweet

Dans cette catégorie ce sont majoritairement des tweets recherchant une réaction de la part des internautes plutôt qu’une réponse sérieuse. Nicolas Sarkozy a tout de même répondu à des questions (légères et non-menaçantes) de cette catégorie, une sur l’arrivée de Pogba au PSG et une sur la télévision de son fils.  

Militants UMP : la recherche du contre-feu

Les militants ont publié deux types de tweets, ceux cherchant à contrer le bruit des trolls et ceux félicitant le président de l’UMP pour son opération.

Politique : Des questions sur le programme qu’espéraient les équipes de Nicolas Sarkozy ?

Ces tweets interrogent Sarkozy sur son opinion sur la gouvernance actuelle, sur son programme et sa candidature. Les questions se repartissent sur trois categories : securité/immigration, economie/chomage et politique etrangere.

13% de tweets est une part de voix faible et ne serait pas satisfaisante dans le cadre d’une campagne de marque. C’est tout de même 130 000 questions. Preuve que Twitter peut servir de terrain de communication digitale aux politiciens.

Affaires : Une frustration restée sans réponse.

24% des tweets font références aux affaires en cours (Bettencourt, Khadafi, Bygmalion…) et sont distincts des trolls car ils ne posent pas les questions avec un effet comique ou provocateur. Cette donnée est au minimum un signal pour les prochaines confrontations digitales de Nicolas Sarkozy. Beaucoup d’internautes vont continuer à insister sur ces sujets.

Objectif : Atteindre le niveau de la campagne digital d’Obama.

Enfin, il  y a un parallèle à établir avec le AMA Reddit de Barack Obama. Cette interview participative sur Reddit avait fait le tour du monde en 2012. D’une part, elle a joué un rôle clé dans la campagne de mobilisation des électeurs démocrates. D’autre part, elle a contribué à l’image d’un président connecté et prêt à investir des territoires de communication nouveaux et risqués. Ce modèle inspire probablement les équipes de campagnes des différents candidats aux présidentielles de 2017.