Retour des années 2000 : doit-on s’en inquiéter ?

Retour des années 2000 : doit-on s’en inquiéter ?

Depuis quelques mois, les tendances Y2K (year 2000, soit les années 2000) font leur grand retour. Elles envahissent les podiums ; lors des dernières Fashion Weeks, 54% des maisons qui ont organisé un défilé Printemps-Eté 2023 y ont fait figurer des pantalons taille basse, et 25% des total looks denim.

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On retrouve ces tendances dans les dressings, mais aussi sur les réseaux sociaux. La Gen Z a rapidement intégré les codes des années 2000 pour les faire coexister avec les autres tendances vestimentaires actuelles.

Nombre de vues pour #Y2K sur TikTok

Nombre de tweets avec #Y2K sur Twitter

Intérêt pour la recherche "Y2K" sur Google

Au-delà du vestiaire

En plus de certaines pièces incontournables, l’esthétique Y2K valorise un corps très mince. Les mannequins emblématiques de l’époque avaient pour point commun leur extrême maigreur. L’inclusivité était alors absente des conversations et des considérations.

On retrouvait cela au-delà des podiums, les mentalités et les corps se confortant à cette « norme ». Les répercussions ont été dramatiques. En effet, à force d'être confrontés à cette imagerie et à ce mode de pensée, de nombreux adolescents et jeunes adultes ont été touchés par les troubles du comportement alimentaire (TCA).

 

 

Depuis, les mentalités ont évolué. Des mouvements comme le body positivity (qui appelle à l'acceptation et l’appréciation de tous les types de corps) ou le body neutrality (mettant l'accent sur la fonction du corps plutôt que son apparence) ont émergé.

Les réseaux sociaux ont permis à cette nouvelle tendance de se répandre dans le monde entier. Cela a entraîné une prise de conscience globale de la beauté de chaque personne.

Un retour inquiétant à la maigreur ?

Pourtant, la récente transformation physique de Kim Kardashian fait craindre un retour à la normalisation de la maigreur. D'abord motivée par le port de la mythique robe de Marylin Monroe pour le dernier Met Gala, la perte de poids de la personnalité médiatique semble avoir continué.

En ligne, on s'enquiert de la santé de Kim, mais certains internautes craignent aussi le retour de cette tendance Y2K. En effet, beaucoup savent que la star influence fortement aussi bien les modes vestimentaires qu'esthétiques. Kim Kardashian débarrassée de ses courbes signe la fin de leur acceptation par la société. Des personnes s’inquiètent déjà de l’effet sur la santé physique et psychique que pourraient avoir ces changements.

"Kim Kardashian a fait enlever son BBL et donc maintenant c’est la mode d’être skinny ? A un moment donné faut aller se faire f***** , le poids c’est pas un jeu et tout ce que ça va engendrer c’est des TCA chez plein de gens. Ça me dépasse"

"anyone like extremely scared about how crazy skinny kim kardashian is and that she’s never ever been this thin before and what this is going to mean for societal beauty standards????? hahahaha yeah me neither"

La mode d'avant avec les outils de pensée actuels

Le retour des années 2000 est donc une bénédiction stylistique pour certains, mais elle laisse aussi présager un changement des normes physiques, déjà en marche chez certaines célébrités. C'est d'ailleurs la principale inquiétude formulée par les internautes, qui espèrent ne pas voir revenir les TCA. Les marques, grandes prescriptrices de la représentation, envoient cependant un message rassurant. En effet, au cours des derniers défilés, 90 marques et maisons ont fait figurer des mannequins "curvy", contre 62 lors de la saison précédente.

Ainsi, les nouveaux mouvements de pensée pourraient permettre d'éviter les dérives, les mentalités ayant évolué concernant la perception de la diversité des corps.

TikTok et l’avènement des tendances ‘core’

TikTok et l’avènement des tendances ‘core’

Il y a quelques années encore, le terme ‘core’ était utilisé dans la mode pour décrire les essentiels d'une garde-robe. Le concept a depuis été détourné pour devenir le suffixe des esthétiques et sous-genres émergeant en ligne.

 

 

 

Le phénomène des tendances ‘core’ trouve ses origines sur la plateforme de microblogging Tumblr dans les années 2010. Le terme a gagné en popularité pendant les confinements via TikTok, qui a depuis surpassé YouTube en temps d’utilisation. Ainsi, lorsqu’un internaute recherche le mot ‘core’ sur le réseau social, 10 des 12 résultats proposés sont liés à différentes esthétiques, et cumulent plus de 10 milliards de vues.

 

Lexique des tendances

Cela peut laisser à croire qu’il suffit maintenant d’accoler un concept au suffixe ‘core’ pour créer une nouvelle tendance.  C’est d'ailleurs le cas avec les très populaires cottagecore, dreamcore et fairycore, ou le courant plus niche du corecore.

Cette construction n’est pourtant pas systématique. Certaines trends n’utilisent pas ce vocabulaire, comme la dark academia, les egirls/eboys, les VSCO girls, ou les coconut girls, esthétique créée au cours de l’été 2021.

exemple de contenu coconut girls :

@madeleinecwhite

Ok but imagine if this was in Hawaii and not the pollution riddled skies of Los Angeles 🌴🥥 using @bondisands SPF 50🥥🌴 #bondisands #coconutgirl

♬ original sound - ʚ❤︎ɞ

De la trend 'niche' à la mainstreamisation

D’après Dr. Ruth Page, professeure d'anglais et de linguistique à l'Université de Birmingham en Angleterre, cet engouement des internautes envers des esthétiques de niche et des sous-cultures est « une façon de trouver du réconfort et d'atténuer la détresse de la réalité actuelle ». Cela est d’autant plus vrai que la culture mainstream accepte et s’enrichit de ces courants alternatifs, aidant ainsi les jeunes netizens dans leur construction identitaire.

Cela va au-delà de la définition d’un style. Avec plus de 600 micromouvements ‘core’, ces identités visuelles hyper-segmentées sont en train de changer la façon dont la mode fonctionne. Leur très grand nombre est d'ailleurs le sujet de memes et de détournements.

Une vie éphémère

En effet, les tendances de la génération précédente duraient beaucoup plus longtemps. C’est probablement parce qu’elles n’étaient pas diffusées aussi rapidement en ligne. L’avènement des réseaux sociaux est l’une des raisons pour lesquelles les esthétiques actuelles ont une durée de vie plus courte. Maintenant, c’est à un rythme effréné que les styles émergent, sont adoptés, connaissent leur apogée puis sont oubliés. 

 

Comparaison de l'évolution des recherches Google de différentes tendances 'core' :

C’est ce que décrivent l’évolution des recherches Google de différents styles core. Bien qu’encore populaires, certaines esthétiques comme le cottagecore ont connu une montée d’intérêt aussi rapide que la chute. Les prédictions de Google annoncent la même tendance pour le dreamcore.

Les mouvements fairycore et weirdcore, qui connaissent une croissance régulière, vont sans doute bientôt atteindre leur pic de popularité et, par conséquent, leur déclin.

Il est donc primordial pour les marques de s’adapter à cette vitesse afin de capter l’attention de la génération Z et d'adresser les bons messages aux bons moments. Pour ne rien manquer des dernières tendances, abonnez-vous à notre newsletter ou contactez-nous !

Le métaverse, successeur d’Internet ?

Le métaverse, successeur d’Internet ?

Les idées technologiques les plus révolutionnaires commencent souvent par être des “buzzwords” avant d’être cohérentes et articulées. Le nouveau jargon semble sorti de nulle part, et il devient vite sur-utilisé malgré son manque d’explication ; on peut penser à l’Internet des objets, au cloud… Certains de ces concepts pérennes sont ensuite acceptés et intégrés à la vie quotidienne comme s’ils avaient toujours existé. A l’image d’Internet il y a 30 ans, le métaverse pourrait drastiquement changer le monde et ses possibilités. Mais qu’est-ce que le métaverse ?

 

Contexte historique et définition

L’idée trouve sa source dans la science-fiction. Neil Gibson imagine dans son livre Neuromancer des hackers errant dans une réalité virtuelle, mais c’est Neil Stephenson qui emploie pour la première fois le terme dans Samouraï Virtuel. Matthew Ball, investisseur en capital-risque canadien et partisan des métaverses, en a conceptualisé les frontières de la façon suivante. 

Un métaverse est un monde qui :

 

  • Est persistent. Il ne s'arrête jamais, ne redémarre pas, ne se met jamais en pause.
  • Est synchrone. Tous les événements se déroulent au même moment pour tous les participants.
  • Est interactif. On y trouve des contenus et des expériences créés par des individus ou des organisations, pour d'autres individus.
  • Possède une économie fonctionnelle. Cela assure la propriété privée et la rémunération des créateurs in-game. 
  • Respecte l'interopérabilité. Il s'agit d'un système capable d'assurer le bon fonctionnement et la compatibilité des produits d'un univers virtuel à un autre.
  • Utilise des avatars numériques. C'est le principal moyen d'interaction.

Il ne s'agit cependant pas de :

 

  • Un monde virtuel. Les mondes virtuels et les jeux avec des personnages non-joueurs basés sur une IA simple existent depuis des décennies, tout comme ceux peuplés de joueurs « réels ». Il s’agit juste d’un univers synthétique et fictif conçu dans le seul but de jouer.
  • Une réalité virtuelle. La réalité virtuelle est une façon d’expérimenter un monde ou un espace virtuel. La sensation de présence dans ce monde virtuel n'en fait pas pour autant un métaverse.
  • Un jeu vidéo.
  • Une économie virtuelle. Ces dernières existent déjà dans de nombreux jeux
  • Un parc d'attractions virtuel
  • Une nouvelle boutique d'applications.

En synthèse

Le métaverse est un espace collectif virtuel partagé, créé par la convergence de la réalité physique virtuellement améliorée et de l'espace virtuel physiquement persistant, y compris la somme de tous les mondes virtuels, la réalité augmentée et Internet.

Analyse des mondes virtuels existants

Au vu de la définition établie, peut-on considérer qu’il existe déjà des métaverses ?

Fortnite
Roblox

Fortnite, le colosse de l’industrie du jeu vidéo créé par Epic Games, est souvent considéré comme un métaverse. En effet, le jeu, qui n’était au départ qu’un battle royale, accueille désormais des concerts virtuels avec des supers stars comme Travis Scott (12 millions de spectateurs dans le jeu) et le DJ Marshmello (10,7 millions de spectateurs). Via le mode créatif, Fortnite permet aux joueurs de créer et de partager leurs propres univers et mini-jeux. Ils peuvent aussi interagir avec leur entourage grâce à leurs avatars virtuels. Pourtant, la liberté créative est contrainte, car les joueurs sont limités aux actions prédéterminées par Epic Games.

Roblox, la plateforme de jeu en ligne permet aux utilisateurs de créer leurs propres jeux vidéo (qui rivalisent parfois avec la portée et la qualité des jeux créés par les plus grands éditeurs de l’industrie). Ces mini-jeux peuvent assurer une rémunération aux créateurs, en rendant payant l’accès au jeu, ou les skins servant à personnaliser les avatars. Ainsi, un sac virtuel Gucci a été revendu plus de 4 000 dollars, rendant la version numérique plus chère que la version physique. 

Roblox semble donc cocher la majorité des cases afin de correspondre à un métaverse. Des caractéristiques manquent pourtant aux deux plateformes. Tout d’abord, aucun des assets virtuels présents dans ces univers n’appartient réellement aux utilisateurs. De plus, l’interopérabilité n’est pas prise en compte.

Limites technologiques

Les exemples cités ci-dessus sont donc centralisés : une seule entité contrôle le fonctionnement total du métaverse. Si Roblox Co. ou Epic Games décide de modifier les règles fondamentales de leurs plateformes, les utilisateurs ne pourront rien y faire. 

L'interopérabilité est aussi un point de friction. En effet, le métaverse ne désigne pas simplement l’espace virtuel en lui-même, mais plutôt les liens tissés entre ces différents univers. C’est la possibilité de créer une connexion entre les espaces, pour qu’un achat virtuel effectué sur une plateforme puisse suivre le joueur dans d’autres mondes virtuels. Le métaverse est ainsi aux univers virtuels ce que le Web est aux sites Internet. Cet élément clé manque aux exemples ci-dessus. 

La blockchain telle qu’utilisée par les crypto-monnaies pourrait permettre de parvenir à une véritable interopérabilité, et assurer la décentralisation. C’est d’ailleurs le pari de Decentraland. Il s’agit d’un métaverse construit sur la technologie du blockchain (qui alimente notamment le Bitcoin et l'Ethereum), lui permettant d'être entièrement décentralisé. Aucune entité supérieure ne peut modifier fondamentalement les règles de cet univers virtuel et de son économie. Dans Decentraland, les utilisateurs peuvent créer des scènes et des expériences pour les autres, comme des concerts et des expositions. La MANA, crypto-monnaie utilisée dans Decentraland, sert aussi de salaire aux croupiers des casinos dans lesquels les joueurs peuvent aussi parier leur coins. Il existe aussi un système de contrats fonciers permettant d’acheter des parcelles du monde virtuel.

Limites humaines

Bien que les limites technologiques semblent contournables, il faudrait un temps d’acculturation au métaverse de la part du grand public. Malgré une augmentation du nombre d'utilisateurs depuis 2019, moins de 20% des Américains ont acheté ou essayé un équipement de réalité virtuelle, accessoire incontournable de l'expérience. Les métaverses seront aussi confrontés à la méfiance des utilisateurs : leur principe repose sur une identité unique et transférable dans différents espaces et univers virtuels. Or les internautes sont de plus en plus réticents à l’utilisation et au croisement de leurs données. Le RGPD appliqué en Europe a aussi renforcé la vigilance des utilisateurs d’Internet vis-à-vis de l’exploitation de données.

Ailleurs dans le monde, les internautes moins frileux ont pourtant déjà adopté les supers-apps. Ces applications très complètes combinent de nombreux services et s’élèvent au rang de proto-métaverses. WeChat, très populaire en Chine, en est le parfait exemple : le service de messagerie instantanée s’est enrichi de mini-programmes qui permettent aux utilisateurs de commander un taxi, prendre un rendez-vous médical, payer un achat en ligne ou en physique… Le tout sans sortir de l’application.

Conclusion

Les métaverses arrivent donc à grands pas mais quelques freins subsistent.

En effet, la puissance des serveurs ne permet pas d’assurer la stabilité d’un monde virtuel dans lequel des milliers (voire des millions) d’avatars pourraient se retrouver et interagir simultanément. Pour le moment, les capacités techniques des serveurs contraignent les plateformes à séparer les joueurs dans des rooms pour optimiser l’expérience, limitant ainsi le nombre d’interactions possibles.

Le grand saut dans les métaverses ne se fera pas en une fois. Il ne s’agira pas d’une grande rupture disruptive, mais de petites avancées et mutations technologiques qui trouvent déjà leur place dans notre quotidien.